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LE MOT DE LA PRESIDENTE

Alors que nous nous trouvions au Four de l’Adde à Cerniat pour prendre un thé en attendant que le pain bien croustillant sorte du vieux four à bois, nous avons eu l’occasion de rencontrer Claude Marthaler, écrivain genevois, conférencier et chroniqueur cyclonaute, c’est ainsi qu’il se présente. Dans son dernier livre paru en 2020 (Voyages sellestes, les montagnes du monde à deux roues. Edition Glénat), il relate trois voyages où la pente a été plus présente et exigeante que jamais.

Cette rencontre a été l’occasion d’écouter des bribes de ses nombreux voyages que l’aventurier a réalisés à vélo car depuis trente ans Claude Marthaler parcourt le monde sur deux roues.

J’ai aimé le rapprochement qu’il fait entre la pratique de l’alpinisme et du cyclisme dressant notamment une comparaison du vocabulaire utilisé dans les deux disciplines.

La montagne attire les » grimpeurs », terme employé dans le cyclisme, l’escalade et l’alpinisme. Le cycliste fait corps avec son vélo et l’alpiniste avec son piolet et ses cordes pour cumuler des dénivelés positifs et négatifs. Le regard du cycliste se porte sur le col et celui de l’alpiniste sur le sommet. Quelle que soit la discipline, grimper un col reste une fragile alchimie entre le cœur, le souffle, les jambes et l’esprit.

Dans son ouvrage, Marthaler raconte que par manque de moyens financiers, les alpinistes font l’usage du vélo pour atteindre leurs objectifs. C’est ainsi que les 31 juillet et 1er août 1931, les frères allemands Franz et Toni Schmid réalisèrent la première ascension de la face nord du Cervin en effectuant l’aller-retour Munich-Zermatt à vélo, tout leur matériel de montagne sur le dos.

Le suédois Göran Kropp monte sur son vélo chargé avec l’équipement d’expédition pour rejoindre le Népal à coup de pédales. Le 23 mai 1996, il parvient au sommet de l’Everest en solo et sans oxygène. Puis il refait le voyage de retour sur sa bicyclette.

La mythique haute route Chamonix-Zermatt traditionnellement parcourue à skis ou à pied, avec plus de 280 km de chemins et près de 14000 mètres de dénivelé positif et 17000 mètres de descente est proposée par de nombreuses compagnies. Cette randonnée peut être réalisée à deux roues ; elle s’adresse à un public multigénérationnel ayant une bonne condition physique, un goût de l’aventure.

Au début des années 2000, le regretté Patrick Berhault parcourait les cimes des Alpes en réalisant plusieurs étapes de liaisons à vélo.

Depuis, nombre d’alpinistes, amateurs et professionnels, choisissent ce mode de déplacement « zéro émission carbone » pour rejoindre le pied des sommets.

Le ski de randonnée et le voyage à vélo partagent le même plaisir pour le rythme régulier et lent propice à la traversée d’un milieu peu peuplé à la merci des changements climatiques. Les valeurs restent les mêmes dans les deux disciplines, comme le respect du plus lent lorsqu’on fait partie d’une cordée.

Claude Marthaler conclu par cette évocation d’Ivan Illich qui suggérait qu’une société énergiquement durable ne devrait pas dépasser la vitesse maximale d’une bicyclette.

Marie Jo Dubas

Cyclisme et alpinisme